Verriales 2006

Mémoire

La mémoire est cette faculté unique qui permet à l’esprit humain d’enregistrer, de retenir et de restituer ce qu’il a perçu du monde qui l’entoure ou de l’intérieur de lui-même.
Mémoire des hommes et des choses, des événements et des rites, du savoir et de l’expérience, des sentiments et des émotions.
Cette mémoire est partout présente dans l’histoire de l’Homme, gravée dans la pierre, le marbre ou l’airain, érigée en stèles ou en obélisques, abritée dans les temples ou dans les panthéons.
Elle est le fondement de toute civilisation.
Depuis des siècles et des siècles, la mémoire construit la continuité de l’être humain dans l’espace et le temps. Elle conforte et justifie sa présence sur terre en lui donnant ainsi, au fil des âges accumulés, la conscience du caractère infini de son espèce.
La mémoire, en s’opposant volontairement à l’oubli, contribue à lever l’absurde de la condition humaine en empêchant l’effacement et la disparition sous l’érosion du temps.
C’est un instrument d’immortalité pour les hommes et les civilisations.
Depuis des millénaires, préoccupé par son histoire et les raisons de son existence, l’être humain n’a cessé d’accumuler de la mémoire.
On trouvait déjà dans la Grèce antique l’expression même du concept de mémoire, sous forme divine.
Les racines de notre concept de mémoire dans notre civilisation occidentale plongent dans la lointaine mythologie grecque.

Time on his hands

Le 29/06/2006

Où est le café ?

Je trouve vraiment remarquable que durant toutes les années où je l’ai connu, il n’a pas une fois élevé sa voix, de colère. Jamais. Je me souviens surtout de la façon si douce dont ses yeux plissaient dans les coins lorsqu’il souriait. Et il souriait souvent. Quand j’étais enfant, ma famille habitait un appartement au rez-de-chaussée de la grande maison à trois étages de mes grands-parents. Souvent je dormais sur le grand clic-clac, dans le bureau où il y avait l’armoire de mon grand-père – ses chemises et pantalons tous pendus sur leurs cintres bien organisés. Le matin, après sa douche, “Papy” arrivait pour le petit déjeuner “habillé” de ses sous-vêtements, un T-shirt blanc sans manche et des chaussettes noires montant juste en dessous de ses genoux. Par dessus, il avait sa robe de chambre ample et il portait des chaussures
noires à lacets, bien cirées. De temps en temps, il me permettait de les polir – un plaisir à cette
époque. Dès qu’il se mettait à table, pour le petit-déjeuner ou tout autre repas, il entonnait, avec son large sourire : “Où est le café ?” – son gentil rituel.

Lorsque nous avons déménagé pour avoir notre propre maison, il passait nous voir chaque jour apportant un pain de seigle juif. En dehors de la maison, il portait toujours un chapeau fédora marron. Ma mère l’aimait énormément, mon père aussi. Les dimanche après-midi étaient réservées pour le déjeuner avec Papy et les deux sœurs célibataires de Mamie - Dot et Theresa. Face à cette perspective, je grognais toujours, voulant jouer dehors. Après le repas, Papy s’installait dans sa chaise “lazyboy” trop grande, pour regarder le baseball. Son équipe adorée c’était les Red Sox. Je regardais un instant, puis je m’évadais à l’atelier du sous-sol où Papy faisait des réparations de vieux meubles. J’avais sa permission de me servir des outils, clous et peintures quand je voulais. Un jour, en explorant, j’ai fait une
découverte : des affiches de plusieurs femmes nues collées derrière les portes des étagères les plus
hautes. Est-ce que Papy savait qu’elles étaient là ?

De nombreuses années après son décès, après la mort de ma grand-mère Juliana, la vieille
maison fut vendue. C’était si silencieux. Je n’avais pas été dans l’atelier de Papy depuis des années et je fus surpris de le trouver toujours comme avant - intouché. Les outils pendaient exactement où il les avait placés... les femmes nues souriaient toujours derrière les portes des étagères. Après une hésitation, j’ai enlevé délicatement l’une des pin-ups sur son papier délabré, puis j’ai pris la grosse cisaille à tapis, que maintenant j’utilise dans mon propre atelier. Ceux sont des trésors d’une autre vie.

Bill Wolkoff était une personne admirable – il ne jugeait jamais – toujours de bon humeur. Pour gagner sa vie, il vendait des contrats d’assurance vie. Quand ses clients, pour la plupart pauvres, n’avaient pas de quoi payer leurs cotisations hebdomadaires, Bill les réglait de sa propre poche. Il était généreux, même trop.

Les vendredi soir Mamie et Papy nous invitaient souvent au restaurant chinois du coin. Pendant la commande de notre repas exotique chop-suey, Papy déclenchait une conversation animée avec le
serveur en chinois. Le serveur souriait toujours, ripostant dans son chinois rapide accompagné de gestes animés. Nous étions perplexes et fiers. Qu’est qu’il a dit ? nous nous demandions. Qu’est qu’il a dit ? Quelques années plus tard, j’ai compris que le chinois de Papy n’était qu’un charabia pour faire
semblant, tout en gaieté. Après nous avoir déposé devant chez nous, il nous saluait avec amour à travers la vitre de sa grande voiture qu’il appelait la machine. “On se voit à l’église”, disait- il.

Blue Side Media

Le 29/06/2006

Hot-sculpted and cut glass boat and red eggs on sculpted wood bird with Richlite base.
May 2006
2006.18.TBL1

En tant qu’artiste, je m’intéresse à l’étude et l’abstraction des formes, textures et matériels, m’inspirant des sources à la fois historiques et naturelles. Parmi mes œuvres les plus récentes figurent des pièces en vieux bois, comme le sapin douglas ou le cèdre western red, souvent en combinaison avec du verre sculpté, des objets trouvés ou des clichés pris avec du matériel photographique ancien.
A travers l’utilisation de ces medias variés, je cherche à exprimer la qualité éphémère et parfois
fragmentée de notre expérience humaine et le rapport avec le monde naturel.

 Mon iconographie s’inspire de mes expériences dans la nature, commençant par mes visites durant mon enfance à la ferme de mon oncle dans les montagnes Catskill. Des objets liés à des
activités telles que l’apiculture et la rhabdomancie renvoient à ma nostalgie des traditions et métiers que j’ai connu pour la première fois en tant qu’enfant et qui sont maintenant en voie de disparition. Ces
dernières 12 années, j’ai vécu dans le Pacifique Nord-ouest et j’ai développé une affinité pour la beauté rude de ses forêts denses tempérées, ses rivières à truites “world-class”. Le montage des mouches et la fabrication de cannes à pêche en bambou sont deux arts en déclin que je pratique : ils jouent un rôle important dans mon œuvre visuelle. La fabrication manuelle d’outils m’aide à sentir un lien avec le monde naturel et à développer un sens d’appartenance au paysage. C’est ainsi que les images et les objets dans mes compositions reflètent un sens personnel de la création et ma nostalgie pour ce temps où le lien avec la nature était davantage une partie de notre quotidien et l’industrie de la survie.

In the recesses of memory

Le 29/06/2006

Je pense que j’ai une mémoire qui ne fonctionne pas normalement. Je suis capable de me rappeler des détails concernant une œuvre achevée ou un morceau de verre d’il y a 30 ans, mais j’oublie le nom de quelqu’un que je viens de rencontrer il y a 5 minutes. Je pense que c’est une des raisons pour laquelle je suis devenu un fabriquant de verre et non un homme politique.

 L’un des buts d’une récente visite chez ma mère fut de faire le tri du verre que j’avais produit au collège afin d’inclure certaines pièces dans une exposition à Memphis (Tennessee) - une rétrospective de mes 33 ans d’activité. Ces pièces de mes débuts étaient stockées parmi une importante collection de vieilles bouteilles et d’objets en verre que mes parents et moi avions rassemblée entre 1967 et 1973. Très facilement, j’étais capable de me souvenir où, quand et qui d’entre nous avait trouvé chaque pièce en verre ancien.

 En sélectionnant mes pièces du collège, je me suis rendu compte que j’étais parfaitement capable de me souvenir clairement des composants d’un certain type de glaçure, de qui m’a assisté lors de la création d’une pièce et aussi où et quand elle a été fabriquée. A la vue d’un morceau de tige en verre, je sus parmi les milliers de vaisseaux que j’ai produits lesquels comportaient des longueurs découpées de cette même tige. En revanche, j’ai passé des semaines à essayer de retrouver des objets dans leurs différents lieux d’entreposage. J’imagine ces objets très clairement dans ma tête, mais je n’ai aucune idée de l’endroit où je les ai laissés.

 Ma pièce, pour cette exposition Mémoire, est une représentation de mes observations concernant le fonctionnement de ma mémoire. Chaque morceau de verre, figurant et décrit dans la brochure jointe évoque un ensemble d’associations avec un moment, un événement ou une personne. Mais, si je croise quelqu’un au vernissage de l’exposition, on peut être sûr que je ne pourrai me rappeler de son nom.

“Peter” # 041706

Le 29/06/2006

Alors il déclara:

Je le jure, et que Dieu me condamne si ce n’est pas vrai, je ne connais pas l’homme dont vous parlez !
Aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors, Pierre se souvint de ce que Jésus lui avait dit: “Avant que le coq ne chante deux fois, tu m’auras renié trois fois.” Et il fondit en larmes.

Mark 14: 71,72

Trusting the wind

Le 29/06/2006

Souvenirs

Pensées sereines, instants capturés dans le temps. Iconographie gravée, éternelle. Un aperçu rappelle une odeur soudaine – un goût vous fait entrer, et vous emporte en arrière. Instants cycliques cristallisés dans le temps, à partir d’une simple idée. Une étincelle de reconnaissance vous coupe le souffle. A
travers l’imagerie gardée dans le temps, nous pouvons partager et dérouler notre passé. Dans la beauté et la compréhension, que des étrangers partageront, intimement liés – ne s’étant jamais rencontrés.


Martin Blank
17 Mai 2006

Illumination

Le 29/06/2006

 Pendant une longue période de ma vie, je méditais souvent sur la mémoire collective.

 Je crois que dans notre univers mental nous gardons des milliers de souvenirs de motifs, formes, lieux, gestes et craintes remontant à des siècles, à des milliers ou des millions d’années – même si nous ne nous en rendons pas compte ou que nous l’ignorons.
       
 Curieusement, nous pourrions également ressentir une relation semblable avec le futur…


18 Mai 2006
Budapest     

The Nomad’s Obstacle

Le 29/06/2006

 La mémoire est un composant tellement fondamental de la condition humaine. La mémoire apporte la sécurité de notre histoire personnelle et culturelle et aussi la réalisation de nos systèmes de valeurs, rêves et aspirations. Donc, le noyau de l’identité humaine est sans aucun doute défini et forgé par notre capacité de se rappeler du passé, de naviguer le présent  et de définir l’avenir. Cette réflexion sur la relation entre la mémoire et notre spécificité personnelle m’oblige à faire face à la signification de grand nombre de thèmes répétitifs explorés à travers mon œuvre : tels que mon affinité pour la nature, la dualité conflictuelle et la quête pour un sentiment d’appartenance.

 Mon œuvre la plus récente est une tentative d’exprimer, d’un point de vue autoréférentiel, une réaction sous-jacente au passé. Afin de dramatiser ce sujet, j’ai puisé mon inspiration dans le personnage archétypique du voyageur, ou nomade, qui est à percevoir subjectivement dans une myriade de façons.  La représentation iconique du nomade est enfermée mais protégée par des structures gothiques, sortes de tours bizarres capables de traverser le paysage. A coté du nomade se trouve une autre présence
figurative, plus proéminente. Ce gardien spectral sert de prophète, conseil et guide du voyageur solitaire tout au long de son périple fatidique. Comme dans des drames classiques grecs, le voyageur est mis à l’épreuve constamment : il y a des obstacles à écarter, les apparitions et visions à ignorer, puis des
fardeaux insurmontables à maîtriser. Le narratif est donc une métaphore pour notre volonté personnelle et collective : notre détermination à chercher une terre meilleure et puis d’affecter, de façon positive, une transformation, un placement et un bien-être.

 Bien que mes peintures en trois dimensions aient superficiellement souvent une apparence sombre et opaque, à travers un regard plus profond il est difficile de nier la translucidité et la luminosité sous la surface. Exactement comme nous jugeons superficiellement l’apparence externe des humains en formulant une opinion, il relève de notre responsabilité de regarder au-delà de la façade pour déceler l’essence véritable de l’identité humaine. C’est à travers sa volonté à s’engager dans la complexité et la profondeur de l’imagerie féerique, media bien façonné, et son attention au détail, que le spectateur sera récompensé par un échange riche. J’espère que mes introspections sculpturales provoquent une
interprétation universelle mais personnelle des expériences mémorisées qui peuvent nous apprendre quelque chose. Et au-delà, de provoquer des changements, d’encourager l’instruction et de participer à l’accomplissement de la raison d’être de la vie – un sens riche mais fugace.

Moule mémoire

Le 29/06/2006
Dans les sculptures de Leperlier, c’est à travers le moule en terre ou en élastomère que s’établit la transmission du /faire/ de la présence corporelle à l’/être/ de la sculpture. Cette transmission suppose une duplication en négatif de la forme que l’on veut obtenir, puis un tirage positif, en l’occurrence un tirage en pâte de verre. Il s’agit d’un processus de mise en mémoire de la morphologie, au bout duquel la forme primaire est restituée non pas comme une imitation artistique, une ressemblance obtenue par permutation, supposant l’intervention d’un génie créateur (poïétique), mais comme une imitation naturelle, une ressemblance obtenue par transmission, selon la loi physique inscrite dans le fonctionnement de la matière (archéiropoïétique).
 L’expression physique de la forme obtenue par transmission n’est donc pas une imitation au sens classique du terme, c’est-à-dire l’établissement d’une ressemblance factice selon la genèse artistique, mais, comme le dit Georges Didi-Huberman, «une image-matrice produite par adhérence, par contact direct de la matière [du moule] avec la matière de la [forme primaire] », c’est-à-dire l’établissement d’une ressemblance naturelle selon la génération. C’est à travers le moule, par ricochet à travers les bords de la membrane translucide du verre qui en est l’expression révélatrice, que s’observe la façon dont la négativité engendre la positivité et, inversement, la façon dont la positivité révèle la négativité. La membrane translucide est l’interface où s’articulent, d’une part, la temporalité propre au devenir de l’oeuvre et à l’expression du geste et, d’autre part, la spatialité propre à l’aboutissement de l’oeuvre et à la téléologie immanente de la morphologie. Cette interface est dès lors à considérer soit comme le moule proprement dit de la sculpture, qui englobe la morphologie et la maintient en place, assurant la fonction isolante et discriminatoire (l’individualisation du champ sensoriel comme chose) ; soit comme l’enveloppe,
la frontière de son propre devenir assurant la fonction individuante et intégrante (l’individuation du champ sensoriel comme objet). La contiguïté qui s’établit instaure une zone de transmission continue où la positivité de la forme et la négativité du moule sont saisies dans une seule figure, en l’occurrence dans la membrane translucide, qui négocie constamment l’apparition de la chose et l’objet dans l’apparition.
William Fiers
Extrait de "La sculpture de verre comme monde de lumière"
Protée. Revue internationale de théories et de pratiques sémiotiques.
Volume 31 N°3

Aliquid memoria Tenere (to retain in the memory)

Le 29/06/2006

 “La Mémoire” est un composant fugace du tissu organique de la vie. Elle se produit et se
reproduit de manière imprévisible, se modifiant dans le contexte temporel et la subjectivité émotionnelle.

 Parfois, les souvenirs offrent un reflet de sécurité, parfois ils peuvent rappeler des questions angoissantes.
 La sphère offre une forme métaphorique afin de visualiser la mémoire dans ses manifestations multiples... certaines d’entre elles peuvent être analytiques et ordonnées, d’autres, serrées et entremêlées, rappellent la détresse.
 Puis, d’autres offrent l’isolation d’une agréable fuite vers un passé oublié.

 Les souvenirs nous fournissent un contexte personnel pour négocier les exigences des réalités de la vie.

Memory palace

Le 29/06/2006

 Lorsque j’avais onze ans, je jouais à côté d’un puits sur le terrain familial. Pour moi, c’était une chose mystérieuse, d’une profondeur infinie. Un toit miniature, couvert de lierre, protégeait le puits : un
rouge-gorge avait fait son nid dedans et ce petit nid portait trois œufs parfaits et d’un bleu turquoise vif. Je dérangeai le nid, ne me rendant pas compte de mon action.

 Par la suite, je ne pus m’arrêter de penser à ces œufs. Pourront-ils éclore ? Les petits seraient-ils nourris ou abandonnés dans ce nid ? Je me suis inquiété.   

 “Memory Palace” est le résultat d’un souvenir de cette mésaventure de jeunesse. L’œuvre exprime ma fascination incessante pour la nature et ma compréhension de la forme archétypique de l’œuf transformé, à travers la mémoire, en symbole du possible et d’une nouvelle vie.

“Memory”

Le 29/06/2006

Devant les sculptures en verre de Bohumil Eliás, je me souviens de ces moments. Ces moments quand l’artiste m’a montré les sculptures pour la première fois – lors de leur création. Extasié par l’idée immédiate et plein d’enthousiasme, ces pensées coulaient et il gribouillait dans l’air ses œuvres comme il les voyait une fois achevées.
 Son courage et sa passion pour la transformation de la réalité en des œuvres contenant maintes histoires – c’est un don de Dieu hors du commun. Bohumil Eliás créait sans effort, fasciné par le
processus créatif et bien conscient de l’état d’ivresse produit par cette force magique. Il transformait les sujets de la vie quotidienne et de son environnement dans un monde de sa propre fantaisie.
L’une des sculptures, Butterfly Chaser, est de caractère tragicomique. Le papillon s’est  enchevêtré dans sa propre toile, essayant en vain d’attraper les derniers messagers de l’été. Dans la toile imaginative de l’artiste se trouvent, en tant que captures, des images du théâtre de notre monde – des gens, des sujets… ainsi que des instants éphémères des histoires humaines.
 Le personnage du pèlerin multicolore est un motif  qui revient constamment dans ses œuvres. Ce personnage qui entre à travers un corridor ouvert vers un quelque part dans l’obscurité. Pour son créateur ce personnage ambulant représentait une transformation de sa propre compulsion de courir des chemins non battus.
 Le personnage penché, résolument marchant vers le clochard, porte également un sens caché – celui de la fuite face au chaos stressant de notre existence, les rassurantes règles, hors de portée de l’éternel essaim humain et de l’effort obstiné.
 L’imagination d’Elias semble avoir puisé dans une source d’inspiration infinie. Il était traqué par une impatience et une avidité de transcrire la plupart des positions de son spectre bizarre.
Ces objets sont devant nous et, à travers la force de leur propre figuration, ils fascinent les spectateurs.
Je me souviens d’instants lorsque Bohumil lui-même était à coté des ces œuvres. Je l’entends toujours. Avec un sourire de satisfaction, il me demandait, “Ca te plait ? … Mais, attends ta prochaine visite. Je viens de commencer quelque chose de nouveau – et ce sera somptueux.”

Ivo Kren, Conservateur de la collection Studio Glass, Musée Est-Bohème, Pardubice
Avril 2006

Moon landscape

Le 29/06/2006

Moon landscape, 2003

Un être humain se promenant à travers le noir,... où le cri de révolte disparaît dans l’indolente
profondeur de l’espace.

Ivo Kren, Conservateur de la collection Studio Glass, Musée Est-Bohème, Pardubice
Avril 2006

Still alive / Fleuve et Stele XII

Le 29/06/2006

Si, dans le monde à trois dimensions, les ombres portées sont à deux dimensions, on peut
imaginer que  dans le monde à quatre dimensions de la mémoire, les ombres sont à trois dimensions. Et de même que nous sommes attachés à notre ombre dans l’espace, nous sommes dans le temps attachés à nos souvenirs.
 Je cherche à mouler dans le verre ces images que notre durée projette dans la mémoire; images du temps qui “s’incarne” en  y laissant sa trace, son ombre portée (en anglais, cast shadow, ombre
portée/moulée).
  Ces ombre-souvenirs, formes du vide et de l’absence, empreintes rendues visibles par la
transparence du verre sont comme autant de  reliques qui signalent qu’ici quelque chose a été perdue qui fut proche.
 La mémoire est comme un reliquaire de cristal transparent au cœur duquel la durée  sculpte des images.

Antoine Leperlier

Head T

Le 29/06/2006

Nous commencions à créer des sculptures avec un contenu nouveau à la fin du siècle dernier (pour être plus précis en 1996 avec Imprint of Angels (I, II, III), Sitting Angel, Lying Angel ainsi qu’une série Vestmente, New Heads).
Nous savions déjà que Stanislav était malade.
 Stanislav gardait toujours ses forces créatrices. A chaque retour de Prague après la thérapie,
il retournait à son atelier avec un brio renouvelé – beaucoup d’idées et projets neufs surgissaient.
Head T - Hard-headed  appartient à cette époque.

Jaroslava Brychtovà

Meditation bronze, glass

Le 29/06/2006

Autant que l’on puisse se souvenir, notre existence remonte au temps où la soupe originelle nous a déjà produit.
 Les courants des millénaires nous ont emporté en avant. Nous nous cachions dans les sillons de la surface plissée, dormant pendant des éons*. Les inadaptés à la vie ont été enfermés dans des roches, des fossiles que nous pouvons regarder encore.
 Le passé est là dans nos rêves : spectres cristallins, palpitantes éruptions de lave, cellules vadrouillantes, fluides débordants, âme froide cliquetant, homme grelottant songeant à la chaleur de la Terre Maternelle : une fonction du créateur, une mutation spéciale, à la fois sainte et criminelle,
prévenante et instinctive – des billions de personnes attendant le même sort.

*(période de temps si longue que l’on ne peut la mesurer)

Mária Lugossy
Budapest, 16 mai 2006  

La nourcerie

Le 29/06/2006

“La nourcerie” ou l’histoire de l’objet transitionnel

 Pour évoquer la “MEMOIRE” Serge Mansau a puisé dans l’univers de l’enfance à partir d’un modèle archaïque de “nounours” trouvé dans une brocante et réalisé en verre.

 Dans ces curieux oursons vitrifiés, un clin d’œil lancé avec humour par Serge MANSAU, à la fois tendre, émouvant et violent.

 “MEMOIRE” des confidences faites à son “nounours” qui ne se délivrait jamais de la parole donnée.

 Ces oursons symboliques sont autant d’étapes à ses pérégrinations obligées.
 Voyageurs immobiles des peurs et des joies de l’enfance, initiateurs d’un passé gravé dans sa “MEMOIRE”.


Estelle MANSAU

Tryptique pour Massada

Le 29/06/2006

Le silence des nuits

 Maintenant que mes voyages réels s’éloignent de plus en plus, je commence à marcher à l’intérieur de moi-même. Je m’interroge sur la nature des images et des émotions qui me traversent…
Je demande régulièrement à Isabelle ce qu’elle en pense… Elle se plaint et pointe le fait que je n’écoute pas ses réponses…
 Ce n’est pas aussi simple ni aussi cruel ; je me sers de ses contributions pour mieux percevoir les mirages qui scintillent parfois à la surface des eaux noires de la mémoire.
 Nous sommes allés voici plusieurs années en Israël, nous avions des curiosités différentes et pratiquions une amicale autonomie mais nous sommes allés ensemble à Massada.
 Je lui ai dit lors de son dernier séjour : viens dans l’atelier, je veux te montrer un ensemble de trois pièces, j’ai besoin de ton regard.
 J’avais décidé de faire un travail sur l’oubli dans cette maison mais je maîtrise rarement mes désirs ou je me trompe souvent sur leurs couleurs véritables. Ils sont comme ces accessoires du théâtre baroque que tu retournes brusquement par un changement d’éclairage.
 Tout est revenu avec violence, précision. J’ai repris le sentier du serpent, je me suis avancé sur
l’immense esplanade, j’avais à l’esprit les phrases écrites par Flavius Josephe…
 Je n’ai pas retenu le soleil foudroyant, la splendeur des thermes, ni l’arachnéenne beauté du palais septentrional, j’ai suivi le récit qui conduit à la fin du siège.
 Doucement, avec précaution, avec respect, j’ai essayé de retrouver le silence des nuits la haut dans la citadelle.

Lurs, mai 2006
Raymond martinez

In the ice

Le 29/06/2006

Je mets dans ma mémoire les changements des choses discrètes autour de moi, les troncs d’arbres qui deviennent plus forts, la paroi couvrée de plus en plus par un tapis de mousse, la surface d’un étang qui disparaît progressivement sous une mozaïque des nénuphars.
L’arbre que je sursautais éclipse maintenant la moitié du ciel par sa couronne, les marches de pierre qui étaient le signe d’éternité se sont courbés sous les pas innombrables. Le chemin battu a disparu sous la route.
Pourtant, je vois toutes ces images cachées aussi bien qu’il y a des années.

Ecrit par Ivo Kren, conservateur de la Collection du verre du Musée de la Bohême de l’Est (Vchodoeské muzeum) de Pardubice.

2006 - II

Le 29/06/2006

Mémoire d’émaux

“Mémoire”, j’y suis plongée à plein temps depuis plus de 6 mois pour la réalisation de la rétrospective “Claude et Isabelle Monod, 30 ans de verre à l’atelier du Touron”.
 Pour ces verriales 2006, j’ai réalisé les pièces dans l’urgence, par nécessité, après avoir accepté l’évidence que ce ne pouvait être que mémoire d’émaux- mémoire des mots ?

Isabelle  Mai 2006

Medicine Jar MJ406.22.02, 2006

Le 29/06/2006

“La mémoire de qui nous sommes est emmagasinée dans l’inconscient collectif et liée à la Terre”

William Morris

Idolito, F503.24.01, 2003

Le 29/06/2006

“La mémoire de qui nous sommes est emmagasinée dans l’inconscient collectif et liée à la Terre”

William Morris

Néon bleu Mémoire

Le 29/06/2006

Les habitants du pays d’où je viens ont perdu un temps la mémoire. Aujourd’hui ils sont obligés d’écrire leur histoire.
 Ma mémoire est comme la leur. Elle s’est enfuie sous les événements du passé mais elle ne
disparaît jamais. La vie est pleine de fragments de souvenirs : d’oppressions, de mensonges, de petits arrangements avec la réalité. De bonheur aussi. Il est impossible de les classer, ni souvent de les
nommer. Au fil du temps ils n’ont plus beaucoup d’importance.
 Mais ils sont indélébiles, tapis sous le socle d’une aventure humaine ou enfermés dans la cage d’un exil.
 J’écris ma mémoire.
 Ma mémoire est enfouie sous le travail de toute une vie.

Matei negreanu

Memory Boy

Le 29/06/2006
Les souvenirs sont personnels. Ils demeurent à l’intérieur de nous. Prêts à sortir, ils se cachent dans un lieu secret, afin de nous entraîner… dans le bonheur, la joie, la tristesse, les larmes, ou la douleur.
 Nous existons pour connaître les souvenirs de l’avenir.

Memories of the Desert II

Le 29/06/2006

Les souvenirs sont parfois déclenchés à partir d’une seule image. Cette image peut ensuite
devenir le symbole de ce moment dans votre passé. Puis, ces symboles peuvent par la suite devenir liés aux souvenirs d’autrui et servir à symboliser soit un moment partagé en société ou dans l’histoire soit juste un seul incident dont on se souvient.  

 Dans cette série, je me suis servi d’images symboliques simples pour suggérer des liens que nous pouvons tous partager. Ces images me sont également personnelles, mais elles indiquent aussi des souvenirs récents et historiques ou une partie de la vie en train de disparaître et qui pourrait bientôt se transformer en souvenirs.     

Memory

Le 29/06/2006

Mes souvenirs d’enfance sont comme des photos. Ce sont des images d’un autre monde,
lointain, comme si on regardait une image au bout d’un long tunnel.

 Mon premier souvenir est celui d’un enfant dans son berceau, regardant à travers les barreaux. Je me revois couché dans ce berceau un soir d’été, écoutant les autres enfants de la famille jouant dans le jardin.

 Je me souviens de ces étés “sans fin”, les jeux dans les bois et les ruisseaux et ces merveilleux hivers de neige - le paysage demeurant blanc et magique pendant des semaines.

 Je me souviens des mains de mon père, fortes et sûres, lorsqu’il me tenait pendant le tonnerre d’un orage qui m’effrayait; puis, je me souviens comme je me suis senti coupable lorsque notre chat s’est fait tuer – j’avais été méchant avec lui et c’était maintenant trop tard pour me racheter.

 Aujourd’hui, c’est étrange quand je regarde les vieilles photos et que je vois cet autre monde, des années 40 et 50, lorsque mes parents étaient jeunes et forts et moi un enfant habillé en vêtements maintenant démodés.

Original Sin Steel, pâte de verre, mahogany

Le 29/06/2006

LA VERITE

 La mémoire est comme la poésie, dans laquelle les idées sont définies autant par les choses exclues que par celles écrites. En tant qu’êtres humains, nous avons développé une mémoire collective pour ce que nous croyons notre histoire ; et cette mémoire est codée par des images iconiques et des symboles bien connus, devenus une représentation des couches de signification qui dépassent celles qui sont immédiates et visuelles. Nous varions, ou peut-être ne sommes nous pas d’accord, dans notre
interprétation de telles images – et ceci en grande partie en fonction de nos opinions politiques, nos
origines ethniques, nos croyances religieuses.

 Ma sculpture cette année est une utilisation délibérée de symboles et métaphores mixtes. J’ai voulu mettre ensemble la pomme, symbole classique et chrétien de l’Homme tombé en disgrâce, et une icône de la culture islamique d’aujourd’hui. Bien que le buste de Néfertiti soit antérieur à l’Islam, il est resté pendant des millénaires dans les sables d’une région qui est de nos jours essentiellement
musulmane: son visage bien connu est synonyme de la région de ses origines. Cependant, il semble
parfois oublié que le christianisme partage ses racines avec cette même région – le Moyen Orient.          

 Néfertiti et son époux – le pharaon Akhenaton, sont tenus par beaucoup comme les premiers dirigeants égyptiens à pratiquer et à promouvoir un monothéisme, tout en décrétant hors la loi les croyances polythéistes qui existaient avant leur prise du pouvoir. Bien que leur vénération du dieu soleil Aton soit une croyance très différente du christianisme ou de l’islam initial, ce que ces croyances ont toutes en commun - beaucoup trop souvent - c’est l’insistance sur une seule version ou interprétation de qui ou de ce qu’est “Dieu”. Pour moi, c’est cette insistance qui est le véritable “péché originel”, ce qui génère les racines de l’intolérance. En tant qu’êtres humains, j’espère que notre mémoire collective nous rappellera que nos fois et nos croyances diverses ne sont que les branches d’un seul arbre et que nous avons des origines communes.         

Ripple

Le 29/06/2006

mixed media sculpture
Media – Hot-sculpted and cut glass birds with chartreuse glass egg on sculpted wood base.
May 2006
2006.17.TBL1

 En tant qu’artiste, je m’intéresse à l’étude et l’abstraction des formes, textures et matériels, m’inspirant des sources à la fois historiques et naturelles. Parmi mes œuvres les plus récentes figurent des pièces en vieux bois, comme le sapin douglas ou le cèdre western red, souvent en combinaison avec du verre sculpté, des objets trouvés ou des clichés pris avec du matériel photographique ancien.
A travers l’utilisation de ces medias variés, je cherche à exprimer la qualité éphémère et parfois
fragmentée de notre expérience humaine et le rapport avec le monde naturel.

 Mon iconographie s’inspire de mes expériences dans la nature, commençant par mes visites durant mon enfance à la ferme de mon oncle dans les montagnes Catskill. Des objets liés à des
activités telles que l’apiculture et la rhabdomancie renvoient à ma nostalgie des traditions et métiers que j’ai connu pour la première fois en tant qu’enfant et qui sont maintenant en voie de disparition. Ces
dernières 12 années, j’ai vécu dans le Pacifique Nord-ouest et j’ai développé une affinité pour la beauté rude de ses forêts denses tempérées, ses rivières à truites “world-class”. Le montage des mouches et la fabrication de cannes à pêche en bambou sont deux arts en déclin que je pratique : ils jouent un rôle important dans mon œuvre visuelle. La fabrication manuelle d’outils m’aide à sentir un lien avec le monde naturel et à développer un sens d’appartenance au paysage. C’est ainsi que les images et les objets dans mes compositions reflètent un sens personnel de la création et ma nostalgie pour ce temps où le lien avec la nature était davantage une partie de notre quotidien et l’industrie de la survie.

Red Valley

Le 29/06/2006

Media - Sculpted wood bird on sculpted wood base with red glass river.
May 2006
2006.19.TBL1 (inventory number)

En tant qu’artiste, je m’intéresse à l’étude et l’abstraction des formes, textures et matériels, m’inspirant des sources à la fois historiques et naturelles. Parmi mes œuvres les plus récentes figurent des pièces en vieux bois, comme le sapin douglas ou le cèdre western red, souvent en combinaison avec du verre sculpté, des objets trouvés ou des clichés pris avec du matériel photographique ancien.
A travers l’utilisation de ces medias variés, je cherche à exprimer la qualité éphémère et parfois
fragmentée de notre expérience humaine et le rapport avec le monde naturel.

 Mon iconographie s’inspire de mes expériences dans la nature, commençant par mes visites durant mon enfance à la ferme de mon oncle dans les montagnes Catskill. Des objets liés à des
activités telles que l’apiculture et la rhabdomancie renvoient à ma nostalgie des traditions et métiers que j’ai connu pour la première fois en tant qu’enfant et qui sont maintenant en voie de disparition. Ces
dernières 12 années, j’ai vécu dans le Pacifique Nord-ouest et j’ai développé une affinité pour la beauté rude de ses forêts denses tempérées, ses rivières à truites “world-class”. Le montage des mouches et la fabrication de cannes à pêche en bambou sont deux arts en déclin que je pratique : ils jouent un rôle important dans mon œuvre visuelle. La fabrication manuelle d’outils m’aide à sentir un lien avec le monde naturel et à développer un sens d’appartenance au paysage. C’est ainsi que les images et les objets dans mes compositions reflètent un sens personnel de la création et ma nostalgie pour ce temps où le lien avec la nature était davantage une partie de notre quotidien et l’industrie de la survie.

La rencontre au profondeur

Le 29/06/2006
 Il y a des moments dans la vie pendant lesquels on peut entendre, des replis les plus profonds du coeur, un pressentiment des contacts intemporels... une voûte d’un gouffre des âges insurmontable autrement.
 Un silence mysterieux des profondeurs de la mer. La peur que Leviathan émerge, quoique notre bateau soit une barque de roseaux ou le Queen Mary.
 La stupeur religieuse dans la panique de l’idée que le Soleil, couvert par un disque d’ombre, ne réapparaisse plus. Un souffle mysterieux et l’agitation d’un chasseur, celle qui a déjà conduit la main préhistorique en peignant les silhouettes des animaux sur une paroi rocheuse.
 La force de la passion pendant l’observation rêveuse des oiseaux dans les nuages.
 C’est une idée particulière. Les idées millénaires, un don commun aux “tout-puissants” ainsi qu’aux derniers.

Memorial Gate

Le 29/06/2006

D’habitude, nous créons des mémoriaux pour le “passé” et le “futur”...

J’aimerais créer des mémoriaux pour le plaisir d’”aujourd’hui”…

Créons des mémoriaux capables de porter la joie à tout le monde. 

“Eye of the soul”

Le 29/06/2006

 Nos pensées sur le thème des souvenirs étaient inspirées par l’eau.

 Dans ces océans vastes se trouve la plupart de l’énergie créative collective de la Terre. L’eau est là depuis la nuit du temps et notre espoir est d’exploiter un peu de son pouvoir.

 Nous aimons la façon dont l’eau joue sur tous nos sens : un lac, tellement calme qu’il reflète parfaitement le ciel et les montagnes ; cette odeur, nette et fraîche, après la pluie ; le son calme de nos esprits et de notre réflexion; le goût ; mais le plus important – le toucher.

 Peut-on aller à la mer ou  près d’un lac et ne pas mettre les pieds dans l’eau ? Nous nageons dans la rivière derrière notre maison. Des gens construisent des piscines simplement pour sentir l’eau sur leur corps. Nous habitons sur une planète bleue ! L’attraction de l’eau est tellement ancienne et
fascinante que c’est étonnant que nous ne soyons pas nés avec des branchies! Notre passé se trouve dans l’eau.

 Avec “Family Tree” dans l’exposition de 2000, nous avons exploré la généalogie de Jeff, remontant au Pays de Galles du 14-eme siècle. Quant à Jaffa, sa généalogie fut abrégée par l’Holocauste. Alors, pour trouver des souvenirs véritablement anciens nous nous rendions compte du besoin d’aide.

 La création de “Eye of the Soul” a été comme la découverte du monde dans une goutte de rosée. Etant à la fois une chose transparente et réflective, on peut voir dedans et dehors simultanément. Cela nous a amené à notre deuxième pièce.
 
“Ancient Artifact” : ici nous avons créé un objet sortant du passé. Seulement certains objets survivent à l’épreuve du temps ; l’art, les objets religieux, les ustensiles domestiques et les jouets d’enfants. En mélangeant des objets et jouets ensemble nous avons créé un dreidel en forme de larme. La pirouette du jouet a aidé Yaffa à traiter ses sentiments de perte et de colère, nous aiguillant vers une troisième pièce.

En poursuivant le thème dominant de l’eau, “Waves and Circles” présente une collection et une
combinaison : une goutte de pluie frappe la Terre, l’eau coule vers la mer, il y a de la glace – vieille des éons, l’humidité formant des nuages dans le ciel, puis la force vitale émanant de la Terre. Des bandes dorées tombant en cascade sont liées ensemble par les bonds de mariage et d’enfants. Dans l’eau, nous avons trouvé l’histoire de l’homme coulant à sens inverse à travers le temps.

Yaffa Todd
Jeff Todd

Soleil noir

Le 29/06/2006

I started to look back on my life – back to my early days.
Ostrava: my home town, the blackness, coal and iron.
That is how Black Sun came about.

It is a rather dramatic sculpture, well structured as are those busy, industrialized towns like Liège or others in the industrial region of northern France – towns where one sees the sun through a curtain of dust and smoke.

The Mechanics of Memory

Le 29/06/2006

LA MEMOIRE – tellement mystérieuse

 Notre point de départ a été de nous demander pourquoi  certains souvenirs s’évaporent et
d’autres restent. Puis, pourquoi certains de ceux qui restent sont apparemment sans importance, lorsque les oubliés peuvent être ceux que l’on chérit.

 Puis, nous avons commencé à imaginer les dispositifs susceptibles d’être utiles pour le stockage et le rappel.

 Les souvenirs sont peut être mis dans plusieurs petites boîtes et placés dans différentes parties du cerveau et du corps. Certaines boîtes sont grandes et assez pleines, d’autres petites, et on a aussi besoin de quelques boîtes vides, prêtes à recevoir de futurs souvenirs. Et, en attendant que ces boîtes à souvenirs soient stockées à l’intérieur, il ne peut y avoir ni expression ni émotion.

 Les souvenirs peuvent aussi être gardés dans des tiroirs, comme dans une armoire. Certains tiroirs sont bien organisés, ordonnés, tandis que d’autres sont en désordre, remplis de choses et de pensées sans rapport. 

 Parfois, des souvenirs sont gardés cachés ou mis sous clé pour les protéger – et le code est perdu. Une salle des coffres apparemment fermée et qui contient des souvenirs trop précieux ou trop douloureux à révéler.

 Quels que soient les dispositifs pour effacer, stocker et rappeler des souvenirs, ce serait de la folie s’ils n’existaient pas. Car, l’idée que nous puissions avoir besoin de nous rappeler et de ressentir chaque milliseconde de vie que notre esprit et notre corps enregistrent encore et encore, en une boucle
continue et croissante comme un film – avec son, odeur, goût et toucher – c’est la définition même de la folie totale.

Standing female Cast glass 2006

Le 29/06/2006

Janusz, souvent, à travers ses œuvres aborde par des métaphores les thèmes de la mémoire : l’ours de l’enfance, le téléphone outil de transmission… Une mémoire personnelle, intimiste, qui
inéluctablement abouti à des mémoires collectives.

 Il s’intéresse uniquement à des idées qui lui tiennent à cœur, sans tabou, ne reculant jamais devant le risque ou la difficulté du sujet traité.

 Ce courage se transforme en force créatrice et le talent fait le reste. L’art sous cet angle semble simple et évident, et pourtant…

Serge Lechaczynski Mai 2006

The Collective Unconscious

Le 29/06/2006

“J’ai du abandonner l’idée de la place superordonnée de l’Ego. … J’avais vu que tout, tous les chemins que je suivais, tous les pas que j’avais faits, menaient en arrière à un seul point - c’est à dire, au point central. Il devenait progressivement plus évident pour moi que le mandala est le centre.
C’est l’exposant de tous les chemins. C’est le chemin vers le centre, à l’individuation... Je me rendais compte qu’en trouvant le mandala comme une expression du Soi, j’avais atteint ce qu’était pour moi l’ultime.”    

C. G. Jung - Memories, Dreams, Reflections

SVATBA / WEDDING

Le 29/06/2006

2004 - 2006 slumping , acid etched, scratch, painted and collage
digitally enamelled on glass, metal

La Mémoire : pour moi c’est les noces de ma grand-mère, les souvenirs de ma famille.

Hors du coffre du temps

Le 29/06/2006

Optical clear glass; shaped, sculpted, softened and part polished, specular device, light. 2006

Mémoire

“Puisqu’il n’est cuivre, pierre, terre, ni mer illimitée,
Dont la dure mortalité ne jette bas le pouvoir,
Devant violence telle, comment beauté assurerait sa défense,
Elle dont l’action n’a pas plus de poids qu’une fleur ?
Comment, oh ! comment le souffle de miel de l’été tiendrait-il
Contre l’assaut dévastateur du bélier des jours,
Alors qu’il n’est pas rochers imprenables si éprouvés,
Ni portes de fer si résistantes, que le Temps ne les puisse ruiner ?
O effrayante méditation ! Hélas, où restera caché
Le meilleur joyau du Temps hors du coffre du Temps ?
Quelle main robuste pourra retenir Son pas précipité ?
Qui interdira sa mise à sac de la beauté ?
Oh ! personne, sinon le prodige ayant vertu
Que mon amour encore flamboie dans l’encre noire.”

Shakespeare
Sonnet LXV
Traduit de l’anglais par René Char et Tina Jolas.


 Je reprends humblement la méditation du poète .Ce sont ses derniers vers qui arrêtent mon attention “that in black ink my love may still shine bright” et plus exactement, au-delà du jeu des contrastes, le recours à la métaphore de la lumière. Face à  notre “mortalité” et aux pitoyables
expédients inventés pour reculer la fatale échéance, Shakespeare chante la force du sentiment, son caractère inaltérable, la permanence de l’éclat qui annule le Temps et l’Oubli.

 On peut broder  à l’infini sur  le topos universel du Temps qui nous dévore … face à cette “monstruosité”, la mémoire s’érige, frêle rempart, indispensable pour notre construction personnelle, habile et cependant fugace repère. Je ne peux d’ailleurs penser la mémoire sans l’oubli …dans mon geste de sculpteur, je crois “ériger un monument plus durable que l’airain” 1 mais je connais la vanité de mon entreprise, image de celle de notre monde. Par les traces, nous avançons jusqu’au moment où celles-ci s’effacent…

 “may still shine bright”…traces, empreintes, mémoires, recouvrements, palimpsestes, ex voto, photographie, cendre…nulle permanence si ce n’est celle de la lumière, en tant que phénomène “hors du coffre du Temps”, dont les qualités échappent à l’entendement humain, elle qui possède  la donnée la plus stable de l’existence du monde et dont la vitesse est le seul élément constant.


 “may still shine bright”…l’éclat de ces mots résonne à mes yeux et guide ma main…


Mai 2006

1 Horace, Odes, 3,XXX.

Le jardin de la jeunesse

Le 29/06/2006

Memoire

 Comme s’il existait déjà dans ce mot la notion  de fugace, d’incertain, de fuyant depuis
longtemps, mais toujours aussi fort, capable de saisir votre cœur même des années après. Souvant, ce n’est qu’une écorchure, souvent c’est une incision profonde, souvent c’est une alarme de détresse, une prise de conscience que nous sommes encore vivants, capables de sentiments.
     
 Les œuvres de Jirina Zertová sont impreignées de sentiments semblables, comme des souvenirs de rencontres. C’est l‘illusion – une occasion illusoire de toucher quelque chose qui se presente
clairement devant nous. Les objets se construisent à partir de lignes emmêlées, imprégnant le verre pour être multipliées par les reflets d‘un miroir. Ils ont des formes variées – avenues d’arbres, viaduc dans un paysage, abîmes vers des profondeurs infinies, figures humaines floues, aperçu de sphères fragmentées –, images symboliques de la pomme du pêché originel d‘Eve. Il suffit d’approcher de quelques pas,
modifier son point de vue, et tout ce qui apparaissait clair se modifie – fuyant dans un brouillard avant de disparaître quelque part dans un lointain. Il ne reste qu’une vue à travers les plaques de verre... et le sentiment, qui est également goût, odorat, bruit, toucher, un aperçu de la peinture.

 Du lointain arrivent des accents du Jardin suspendu de Jehan Alain et les souvenirs sortants des ombres dans les rayons d‘un soleil de printemps si longtemps attendu.


Ivo Kren, Conservateur de la collection Studio Glass, Musée Est-Bohème, Pardubice
Avril 2006

Chronicle

Le 29/06/2006

Glass and Copper - 2006

 Il est théoriquement impossible de remonter dans le temps. Mais, recréer un moment ou
 “goûter” un souvenir est parfaitement possible.

 Les trois pièces pour l’exposition de cette année ont toutes été commencées en 1995, mais jamais achevées. Récemment, pendant les préparatifs du déménagement de mon atelier, je suis tombé sur les modèles en argile de ces trois pièces. Je me suis posé la question : quel sentiment de
“souvenirs” serait déclenché en terminant ces pièces restées en attente pendant onze ans ?

 Quand j’avais travaillé au départ sur ces pièces, mes enfants étaient petits, ma femme et moi plus jeunes, mes cheveux moins blancs. J’ai tellement fait d’œuvres différentes depuis 1995, que ce retour pour achever ces trois pièces, petites et élégantes, m’a donné un bonheur total, me permettant de vivre le souvenir de l’artiste plus jeune que j’étais.