Verriales 2011

MONOCHROMIES


N’hésitant pas à relever tous les défis, même les plus difficiles,
Les Verriales 2011 ont élu la monochromie pour thème artistique de l’exposition.
Créer une œuvre d’art, fut-elle essentiellement à base de verre,
en n’utilisant qu’une seule couleur, c’est le challenge qu’ont accepté de réaliser tous les artistes qui exposent annuellement leurs créations aux Verriales.

La monochromie est un procédé artistique très ancien qui s’appliquait déjà aux sculptures de l’Antiquité, par opposition aux sculptures polychromes.
Au fil des siècles, de nombreux peintres se sont essayés à cette technique exigeante au travers des camaïeux, des grisailles ou des sanguines qui ne donnent à voir que des variétés de tons et de luminances dans la même couleur, sans jamais avoir de différence  chromatique comme cela est visible avec le blanc et le noir.
La peinture en camaïeux a souvent permis d’imiter les bas-reliefs en reproduisant le rendu de la pierre ou du marbre, à l’aide d’une seule couleur et de la variété de ses nuances.
L’esprit humain est si extraordinaire qu’il peut composer, avec une seule couleur, une œuvre avec une suite infinie de tons, de dégradés, de luminosités. Cette technique a souvent été utilisée à l’époque de la renaissance et par les maîtres hollandais.
De nombreux peintres s’y sont adonnés à l’époque contemporaine et parmi les impressionnistes, Claude Monet.
Cette forme d’expression artistique fut poussée à son paroxysme ce qui provoqua, dès la fin du XIXe quelques ironies facétieuses comme celles d’Alphonse Allais qui la parodia dans quelques tableaux aux noms évocateurs : « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la mer Rouge » ou « combat de noirs dans un tunnel, la nuit ». Ce clin d’œil dérisoire fait à l’art monochromatique n’empêcha pas de nouveaux grands créateurs du XXe siècle de pousser leur quête jusqu’à l’imprévisible comme le fameux « Carré blanc sur fond blanc » de Malevitch ou les oeuvres monochromes de son compatriote Rodtchenko. Même Soulage a construit sa renommée dans ce style pictural avec ses noirs en coulées de peinture. Mais l’un des plus reconnus dans cette performance artistique reste encore le fameux Yves Klein qui inventa dans les années 50 un pigment bleu combiné à une pâte fluide qui conservait à ses tableaux monochromes une extraordinaire luminance. Il déposera même ce bleu sous le nom        
d’ « International Klein Blue ».
Ces œuvres monochromes sont bien l’expression artistique d’une sensibilité exacerbée qui force le spectateur à en déceler le sens et la signification profonde.
Dans les Verriales 2011, c’est cette sensibilité qui vous frappe dès le premier regard. La couleur des œuvres de verre vous emporte dans votre propre imaginaire et vous ouvre l’univers des rêves. Chaque artiste a choisi sa couleur de prédilection qu’il transcende dans la transparence unique et la luminosité éclatante du verre.
Et comme à leur habitude, emportés par leur libre inspiration, certains artistes ont abordé la thématique de la monochromie de manière plus philosophique, sensorielle ou musicale… dans un concert silencieux où chaque couleur joue sa partition avec la  lumière.
Ce défi artistique rare, ces moments de contemplation uniques, nous les partageons passionnément chaque année avec vous.

Serge Lechaczynski et Jean Eskénazi

Vive l’oeuf

Le 20/06/2011

Il n’y a aucun doute, il était très satisfait de lui-même. Depuis des jours, Marcel avait essayé en vain de tenir en équilibre la boule de bowling rouge sur son nez. Le concours des meilleurs talents du bureau approchait rapidement et il voulait absolument remporter le premier prix cette année.

 

Ce fut vendredi matin, avant son petit-déjeuner, qu’il pensa soudain à ajouter une baguette de pain et un œuf à la coque pour augmenter l’équilibre. “Mais oui, dit Marcel, pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ?” Avec concentration et adresse, il lança habilement la baguette de pain frais en l’air, puis avec un sursaut de bravoure… l’œuf. Et comme par magie, celui-ci fit toute la différence. “Voilà, dit Marcel avec fébrilité,vive l’œuf !”

Avec un tour si formidable, il pouvait difficilement attendre jusqu’au grand soir.

 

Maintenant Marcel était sûr qu’il pourrait battre Monique et son caniche nain Fifi, malgré qu’elles aient gagné la faveur du public. Il faut dire que… lors de la même fête l’année dernière, Fifi, habillée de manière extravagante en tutu rouge, dotée d’un diadème, avait mangé 27 bananes très mûres en moins d’une minute, pendant que Monique, habillée dans une tenue assortie, avait parfaitement réussi à préparer un soufflé, les yeux fermés et une main attachée derrière le dos. Elles étaient magnifiques et la foule était comme folle !

 

Mais cette année serait différente, pensait Marcel. Il était fin prêt pour le défi. Marcel était si excité qu’il partit au travail encore en pyjama, rêvant de gloire et de fortune. “Je suis génial” dit-il au chat, qui ne répondit pas.

Beyond the Gates of Winter

Le 20/06/2011

Il serait très difficile, et quelque peu négligent de ma part, d’initier un dialogue sur mes récentes œuvres monochromes sans reconnaître, tout d’abord, que le thème de l’exposition des Verriales s’est avéré à la fois fortuit et cathartique.

 

Mon imagination créatrice et mes esquisses préparatoires ont été dominées par des descriptions de la dualité poids/beauté de l’étreinte de l’hiver. Ces images ont représenté un abandon du potentiel vibrant du printemps ou de la chaude splendeur visuelle de l’automne, comme souvent rendu et peint dans mes sculptures figuratives. A la place, mon esprit m’imposait des environnements architecturaux gothiques et des paysages rudes qui couraient froids et bleus sur ma conscience artistique. Le thème de mes recherches multimédias a, sans aucun doute, été influencé et éclairé par ma réticence envers les mois mortels et glacés de l’année dans le Middle West. L’hiver s’était donc ancré comme une métaphore de tout ce qui contraint et peut avoir une lourde emprise sur l’esprit et l’émotion de l’homme.

 

Dans Beyond the Gates of Winter (Au delà des portes de l’hiver), un homme solitaire, né des éléments terrestres, émerge de ses décors rocheux, déterminé à surmonter les limitations de sa situation et de son environnement. Une brèche est ouverte dans les frontières physiques et psychologiques, le désir de liberté est à portée de main. J’ai choisi les teintes et les nuances subtiles du bleu ciel et du bleu outremer pour orner des surfaces intrigantes du verre et du bois moulés. Cet effort déterminé a produit une ambiance froide et spectrale, dans la scène d’hiver, gelée et en plusieurs couches. La figure translucide est masquée par les portails qui cachent et protègent les références personnelles et les thèmes universels tels que la recherche, la lutte et la transcendance humaines. C’est cette nature vulnérable – mais motivée et optimiste – de ma personnalité et de ma focalisation créatrice qui défie encore plusmon honnêteté artistique et mon désir narcissique d’autocritique et d’expression. 

 

.Je continuerai à observer, traduire et transmettre des récits visuels sur ce monde à partager, qui est le mien et le nôtre.

Le Gardien du pont

Le 20/06/2011

Le pont, c‘est un symbole – l‘arche entre deux amorces d‘une route.

C‘est la jonction entre le temps présent et le futur,

Entre ce que nous avons et ce que nous désirons avoir peut-être,

Entre la quiétude et l‘incertitude.

 

Le gardien du pont ne décide pas qui a la permission de le traverser, 

Mais il est le dernier qui puisse nous arrêter par une question posée,

Si nous fuyons ou si nous avons envie de découvrir,

Si nous sommes résolus et prêts pour le danger, le bonheur et le malheur.

 

– Ivo Kren, Conservateur de la collection du verre, Musée Vychodoceske, Pardubice.

FLUX ET FIXE

Le 20/06/2011

“En art il est aussi difficile de dire quelque chose que de ne rien dire”  Ludwig Wittgenstein.

 

Ces dernières années, j’ai beaucoup tourné autour d’un oxymore, celui du fleuve et de la stèle associés dans une même image. Deux états contradictoires de la nature du temps, le flux et le fixe, que j’ai tenté de mettre en forme : le crâne mou, par exemple, synthèse impossible de l’os et de la chair. 

 

Je travaille actuellement sur une association de la terre et du verre, considérant leurs qualités propres. C’est bien à une rêverie technique à laquelle je me livre en ce moment, pour paradoxal que cela soit ! 

 

Le verre en tant que structure amorphe est soumis au régime du flux et de la réversibilité, alors que la céramique, du fait de sa structure cristalline créée par réaction physico-chimique lors de sa cuisson, est quant à elle soumise à celui du fixe et de l’irréversibilité. 

 

J’ai déjà dit qu’il s’agissait pour moi de me mettre à l’écoute, non pas de la terre, non pas du verre en tant que matière, mais bien en tant que matériaux ; car c’est bien dans le processus même par lequel ils sont mis en forme qu’ils révèlent le sens dont ils sont porteurs. Ils recèlent selon moi une idée du temps que je cherche à mettre à jour.

Herbe

Le 20/06/2011

Le ciel est bleu, le soleil jaune, l’herbe verte, l’ombre noire.

Souvent la précipitation de la vie nous incite à percevoir l’environnement de manière simple et bien ordonnée, comme si on parlait d’une commande de couleurs pour un artisan peintre.

 

Heureusement, il est vain de vouloir contenir dans un mot une réalité changeante et éternelle.

La prairie se compose d’une mosaïque constituée de centaines de valeurs de vert, mais aussi de jaune, de brun et de petits points aux teintes rouges, violettes, bleues…

Les ombres dans la carrière chatoient en formant des spectres allant du bleu cobalt au bleu turquoise, de petits points brillants de couleur azur, mais aussi ocre.

Il suffit de s’arrêter simplement, de contempler et de se réjouir de la beauté surprenante.

doug

Le 20/06/2011
Aussi les femmes dirent-elles à Naomi : « Béni soit le Seigneur, qui ne te laisse plus manquer aujourd´hui d´un racheteur dont le nom soit proclamé en Israël ! Il ranimera ta vie et il assurera tes vieux jours, puisque ta belle-fille, qui t´aime, l’a enfanté : elle vaut mieux pour toi que sept fils. »
Ruth 4: 14,15

Neolith

Le 20/06/2011
C’est violet ? C’est bleu ?
Une seule couleur peut en faire deux.

Small Cupola

Le 20/06/2011

Monochrome, c’est une seule couleur. 

Noir et blanc, bleu et vert sont donc deux couleurs. 

Pourtant, énormément de formes, d’énergies, de tension et d’harmonie. 

Des blocs lourds et des légers, des rebords rudes et des lisses. 

Des plaques droites, sévères et des surfaces courbées ondoyantes. 

Positives et négatives. 

Proportions, équilibre, mouvement et stabilité. 

Une ou deux couleurs, trois dimensions : une sculpture.

Small Circular

Le 20/06/2011

Le thème Monochrome de l’exposition de cet été tombe à pic dans mon travail actuel. Présenter l’objet en pur verre blanc, limite en grande partie le débat sur le « goût », puisque nous regardons la sculpture comme une forme pure, sans a priori sur telle ou telle couleur. La pièce est également une étude dans l’espace négatif, puisque le vide central devient aussi important que l’objet lui-même.


Small Circular Object Three, qui fait partie de ma recherche depuis cinq ans sur les cercles, renvoie aux écrits du philosophe chinois Lao-Tseu, dans son « Vide Parfait » :


Trente rais se réunissent autour d´un moyeu.

C´est de son vide que dépend l´usage du char.


On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.
C´est de son vide que dépend l´usage des vases.


On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison. 

C´est de leur vide que dépend l´usage de la maison.


C´est pourquoi l´utilité vient de l´être,

L´usage naît du non-être.


– Lao Tseu, 600 av. J.-C.


Traduction de Stanislas Julien


La poupée

Le 20/06/2011

La nuit calme le mélange des couleurs dans une épaisseur veloutée.

Quand elle commence de nouveau à briller dans les nuances des couleurs matinales,

On peut essayer de deviner :

Quelle était la couleur de la joie et de la tristesse qui entrèrent dans les nuits des belles demoiselles ?

Quelle était la couleur de l‘attente, de la confusion et du doute,

De la peur et du désir, du plaisir et de la douleur ?

Quelle était la couleur des pleurs silencieux de la perte de l’innocence ?


Ivo Kren, Conservateur de la collection du verre, Vychodoceske Museum, Pardubice


La poupée – La nuit de la belle demoiselle

Blue Bay

Le 20/06/2011

Maria Lugossy, à travers ses œuvres, met en évidence son statut de femme, développant une problématique récurrente chez ces dernières : l’enfantement, la vie et la mort. 


Rarement dans une œuvre construite, le choix des matériaux et des techniques aura aussi bien servi la pensée d’un artiste. La technique du verre laminé est en adéquation parfaite avec le propos sur la mémoire, qui irrigue l’œuvre entière. 


Les stratifications du verre sont une constante dans son travail. L’une des raisons de ce choix est la dualité de ce matériau, d’une extrême fragilité mais pourtant éternel dans son discours. La dualité devient un leitmotiv : violence-amour, souffrance-espoir, mémoire-oubli, vie-mort… 


Ses pièces sont empreintes d’un passé douloureux, ouvrant des plaies qui ne cicatrisent jamais ; pourtant, pièce après pièce, la douleur s’atténue et fait que l’existence devient supportable, voire – certains jours comme par enchantement – joyeuse. Cette souffrance latente, ce futur orageux s’opposent encore et toujours à des sentiments positifs, extrêmement puissants, amenant le spectateur dans une problématique atypique. 


Maria domine parfaitement son environnement, passant de petits à de gigantesques volumes avec un naturel déconcertant. Son œuvre, marquée dans la durée et la continuité par ses choix plastiques et idéologiques, nous révèle le talent d’un sculpteur qui n’a d’égal que celui des grands sculpteurs du début du vingtième siècle. 


Maria Lugossy nous offre une œuvre originale, profonde et sincère, qui s’inscrit dans les chemins de l’éternité.

Fusing Rouge

Le 21/06/2011
Profitez-en, c’est le début de la fin.

Balanzella

Le 21/06/2011
Quand on parle de monochrome, on entend les termes : ascèse, radicalité, pureté, etc… Le monochrome est alors toujours tributaire du discours plus ou moins abscons qui l´accompagne.
Plus simplement, on peut considérer le rapport du matériau et de la couleur. Le matériau noble qu´on laisse vierge et le matériau courant qu´on recouvre de peinture monochrome.
Question : le verre est-il un matériau noble ? - M.N.

Bronze, écho jaune avec anneau

Le 21/06/2011
Mes objets sont la recherche d´une nature essentielle : une unicité.
Ce sont des plans à fréquences de lumière colorée à une échelle limitée.
Ils sont perçus comme monochromes, unifiés et homogènes ;
Cette démarche vise à éliminer tout bruit visuel.

Albedo

Le 21/06/2011
Albedo est le titre de la onzième pièce de ma série Palomar, créée pour rendre hommage à la construction du célèbre miroir de l´observatoire du Mt. Palomar de 200 pouces, en 1934.
L´albedo correspond à la réflectivité d´un corps céleste qui ne brille pas par sa propre lumière.
C´est une image simplifiée du disque en verre géant, aussi bien qu´une image de la lune.

Noir et Pourpre

Le 21/06/2011
Pour le thème de cette année, j’ai choisi de travailler avec le noir. En fait, il n’existe pas de vrai noir dans le verre ; il y a toujours des nuances d’autres couleurs. Le noir dont je me sers ici n’est pas une exception, sa beauté vient vraiment de la façon très spéciale qu’a le verre – qui apparaît d’abord gris fumé pour se fondre dans le noir – de subir une extraordinaire transformation lorsqu’il est rétro-éclairé. Il révèle alors un pourpre intense, un effet subtil et intrigant.

La forme utilisée ici provient d’une série de moulages que j’ai réalisés, il y a plusieurs années, à la cathédrale de Gloucester, l’une des magnifiques cathédrales médiévales d’Angleterre. J’ai remarqué qu’elle était en cours de restauration et couverte d’échafaudages. Cela permettait d’avoir accès à l’ancienne pierre médiévale exposée aux intempéries, au sommet du bâtiment, totalement inaccessible en temps normal. Les dignitaires de la cathédrale m’ont beaucoup aidé et m’ont permis d’utiliser les échafaudages pour faire des moulages de la pierre en caoutchouc de silicone. Ce sont ces moules qui m’ont fourni l’inspiration et le matériel initial pour les formes sur lesquelles cette sculpture se base.

Blackberry Winter

Le 21/06/2011
J´ai toujours aimé les expressions populaires « Blackberry Winter » (Hiver des Mûres) et « Indian Summer » (Eté Indien). Ce sont deux jolies appellations pour des intermèdes éphémères d’inversion de climat, au printemps d’une part et à l’automne d’autre part.

« L’Hiver des mûres » fait allusion à un épisode de temps froid, revenant parfois les premiers jours de mai ; l´expression « Eté indien » désigne une courte période de soleil et de chaleur à un moment où devrait, normalement, s’installer le climat de plus en plus froid d’octobre. Physiquement et symboliquement, les deux saisons sont contraires l´une à l´autre et, pourtant, toutes deux supposent une philosophie semblable : rien n´est absolu et tout est sujet à changement.

Etant donné les thèmes chromatiquement opposés des Verriales 2010 et 2011, j´ai décidé de revisiter le thème 2010 puis de faire contrepoint avec une œuvre exempte de la couleur figurant dans la précédente sculpture. Dans les deux sculptures, mon intention est de montrer que, malgré leur similarité de forme, la couleur (ou l’absence de couleur) occupe un rôle important dans la représentation visuelle d’une certaine « température » ou saison. Je souhaite que ces deux sculptures fassent également penser que, exactement comme il y a des perturbations inattendues au printemps et à l’automne, les « saisons » de notre vie peuvent se dérouler d´une manière surprenante.
La vie et l´art ne sont jamais entièrement monochromes ou polychromes : la permanence et l’impermanence se côtoient toujours.

Octopus

Le 21/06/2011
Créer une nouvelle réalité inconnue représente pour moi toujours une aventure.

Octopus, cet être, ainsi que le reste de mon œuvre, ont émergé de mon subconscient, peut-être même des profondeurs de mon inconscient.

Il me manque seulement une mezouzah qui le rendrait vivant.

Passion

Le 21/06/2011
Oui, elle nous encercle en tournant, elle grandit et s’évapore.

Et sa couleur ?

Pour moi, elle est rouge.

Black Box

Le 21/06/2011

La Black Box (Boîte noire) est censée contenir quelques importantes données et secrets ...

Compte-tenu de la capacité du verre à transformer la lumière, ce n’est pas facile de trouver du verre monochrome.
Comme nous le savons, le noir n´est pas une couleur, mais le verre noir est violet foncé à sa base. Ma Black Box est donc monochrome.

Ma contribution au thème Monochromie des Verriales 2011, nommée Black Box, est un moulage du verre noir qui était utilisé pour créer les bijoux de fantaisie noirs. Depuis 1882, les bijoux en verre noir ont fait la renommée de Jablonec, en Bohême du nord. Leur popularité a culminé à l´époque de la mort de la Reine Victoria (1901), lorsqu’ils sont devenus les bijoux de deuil de l´Empire Britannique.

The Blues

Le 21/06/2011
The Blues est l’une des trois pièces du thème monochromie sur lesquelles nous avons travaillé l’hiver et le printemps derniers. En choisissant une couleur – disons l’orange – nous avons fait un dessin en nous basant sur l’impression suscitée la plus vive, comme le feu ou le magma. Pour le bleu, cela a commencé par le ciel.

Lorsque le ciel est clair, nous sautons parfois dans la voiture et partons en balade sur la Blue Ridge Parkway, pour pouvoir nous arrêter aux points panoramiques ou grimper au sommet du Mont Mitchell. Les Smoky, les Black et les Blue Mountains nous entourent. Les vues des montagnes sont spectaculaires. Il y a quelque chose de magique à être au-dessus du monde ; cela vous donne une perspective différente.

Nous essayons, dans notre pièce, de saisir une sensation de paix, de calme et d’émerveillement émanant de cette contemplation des montagnes. Là-bas, il est possible de voir la courbe de la terre et comment le paysage a été sculpté par le temps et le climat. Nous en avons puisé notre inspiration pour The Blues.

Monochrome bleu

Le 21/06/2011
Quand on parle de Monochrome, la tentation est grande de rapprocher la photographie (l’évidence du noir et blanc) et le verre.
Les jeux d’ombres et de lumières que l’on peut provoquer dans le verre, en utilisant l’épaisseur de la matière, les formes improbables, la couleur passant par exemple du noir à des nuances beaucoup plus claires, sont très étonnantes.
Les possibilités de monochromie, dans le verre sont nombreuses.
Dans mes sculptures, si je travaille le cristal transparent, j’ai tendance à utiliser les propriétés optiques du verre, pour l’expression de la monochromie.
La thématique des Verriales 2011 m’a incité à rechercher les possibilités nouvelles pour moi, que pouvait m’offrir un verre d’une seule couleur.
J’ai dû bousculer certaines de mes convictions afin de permettre une compréhension plus poussée de cette thématique dans mes réalisations récentes.

Blue Boat

Le 21/06/2011
Mon art a toujours été une manière de prendre le contrôle de mon environnement qui ressemble souvent à un château de cartes, construit sur la trajectoire d’un ouragan.
Grâce au processus de création des pièces, je maîtrise une petite parcelle du vaste univers et j’organise l’espace, alors que mon quotidien frôle le chaos incontrôlable.
Je trouve la paix dans la production artistique, juxtaposée à l´incertitude de la vie quotidienne. C´est dans cette dichotomie que j’acquière un certain sens de l´équilibre, de l´organisation, même s’il est éphémère et limité.
Quand tout marche en même temps, je parviens à réaliser l´harmonie dans un monde dont on a perdu tout contrôle.

Conversation Monochromy

Le 21/06/2011
Nous avons vraiment eu l’impression que, cette année encore, Serge nous a lancé un défi impossible à relever.
Quand il nous soumet un thème comme Monochromie, nos esprits bondissent immédiatement vers le sens littéral courant : une seule couleur.
Et là, nous sommes d´abord frustrés en pensant qu’en fait il n’y a aucun défi du tout : nous créons déjà des choses d’une couleur. Alors, nous protestons et envisageons de refuser sa demande ; puis soudain, l’un de nous - ou les deux ? -  est frappé d’une idée que nous développons et qui nous enthousiasme.

Serge, lui, se contente de sourire et d’agir comme s’il avait toujours su que nous trouverions un moyen d´exprimer ce thème.

Nous avons, donc, choisi de prendre le terme monochromie au sens descriptif d’état d´esprit, plutôt qu’au sens littéral de couleur matérielle.

Selon cette définition, il s’agit ici d’une femme se parlant à elle-même : un Dialogue monochrome. Un dialogue où manque la couleur d´un partenaire… jusqu´à ce que quelqu´un d´autre passe devant le miroir. C´est là où la possibilité d’un dialogue polychrome peut survenir, si l´autre personne s´attarde. Mais elle reviendra toujours à son Dialogue monochrome tant qu’elle restera sur sa chaise devant le miroir.

Porta

Le 21/06/2011
Le verre ne peut pas être monochrome.

La lumière et l’ombre l’emportent vers des nuances infinies.

Le Naufrage

Le 21/06/2011
Le Naufrage de Claude Joseph Vernet (1772) – en tchèque Ztroskotani – qui est exposé à la Galerie Nationale tchèque, était également accroché dans ma chambre, chez mes parents. Naturellement, il s’agissait d’une copie de cette œuvre.
J’en connais les moindres petits détails, parce que je la regardais tous les jours et parce qu’elle me semblait mystérieuse. J´ai pensé à une vision réelle de la mer, en contraste avec le tableau de Vernet.

pour toi

Le 21/06/2011
Pouvoir [pour] une fois fermer les yeux devant toutes les couleurs que je vois ?

N´apercevoir ni teinte, ni nuance, mais une seule couleur.

Difficile, mais possible.

Ariane et Dionysos

Le 22/06/2011
Présence obscure et nécessaire.

Je ne suis pas coloriste et j´entretiens un rapport difficile avec la couleur…

Ressouvenances de l´enfance ?
Dans mon village de pêcheurs au sud de Marseille, les couleurs semblaient bannies, broyées par la lumière…
Seuls, les bleus intenses du ciel et de la mer s´affrontaient, séparation irrémédiable sur la ligne d´horizon.
Promenades dans les rochers, de plus en plus fréquentes, de plus en plus lointaines. De collines en criques, je suis allé un jour jusqu´à une calanque qui s´appelle Sormiou. Sur la droite de la falaise, tout au bout, après avoir franchi un chaos de blocs j´ai pénétré dans un ailleurs...
Impossible d´oublier l´immense joie que j´ai ressentie dans la grotte marine… Le ciel et la mer fusionnés, réconciliés.
Lors de mes études d´art j´ai eu l´obligation fréquente d´explorer la polychromie… Invariablement et au dernier moment j´éprouvais le besoin impérieux de recouvrir mon travail d´un glacis coloré pour assourdir et unifier l´ensemble…

Plus tard, j´ai affirmé mon désir et ma soif de monochromie. Je n´ai toujours pas épuisé la célébration de la couleur bleue. Présence obscure et nécessaire, elle parcourt, sous tend et traverse mes recherches. J’ai besoin d´elle pour dire et redire les métaphores qui me hantent.

L´expérience du monochrome ne relève pas de la matière colorée ; jamais anecdotique, toujours profonde, presque tyrannique, elle ouvre à une métaphysique du regard.

Kathedrale

Le 22/06/2011
Dans mes œuvres le verre est comme l´intuition.
Tous les deux forment la base de ma méthode.
Clair et solide, pour finir opaque et parfois fragile.

Interprétation de mon travail :

Le verre est la matière première avec laquelle je travaille : verre moulé en combinaison avec une autre matière.

Les combinaisons de matières telles que le verre et l´acier, le verre et le bois, le verre et la fonte sont tous typiques de ma méthode.

La dualité du langage des matériaux dans mes oeuvres découle du contenu, l´intérêt résultant des différentes tensions mutuelles.
Pour le contenu, j’englobe les thèmes : combinaison, rencontre et relation.

L´origine de mon approche est, la plupart du temps, de nature narrative – comme dans les travaux présentés ici – alors que la réalisation s’avère toujours abstraite.
La caractéristique – en termes à la fois de contenu et de forme – est une graduation : faible à fort, grand à petit, léger à lourd. Ceci permet le transfert des tensions mutuelles vers l’état plastique.

Trafo

Le 22/06/2011
Dans mes œuvres le verre est comme l´intuition.
Tous les deux forment la base de ma méthode.
Clair et solide, pour finir opaque et parfois fragile.

Interprétation de mon travail :

Le verre est la matière première avec laquelle je travaille : verre moulé en combinaison avec une autre matière.

Les combinaisons de matières telles que le verre et l´acier, le verre et le bois, le verre et la fonte sont tous typiques de ma méthode.

La dualité du langage des matériaux dans mes oeuvres découle du contenu, l´intérêt résultant des différentes tensions mutuelles.
Pour le contenu, j’englobe les thèmes : combinaison, rencontre et relation.

L´origine de mon approche est, la plupart du temps, de nature narrative – comme dans les travaux présentés ici – alors que la réalisation s’avère toujours abstraite.
La caractéristique – en termes à la fois de contenu et de forme – est une graduation : faible à fort, grand à petit, léger à lourd. Ceci permet le transfert des tensions mutuelles vers l’état plastique.

Meeting

Le 22/06/2011
Le verre se prête aisément et naturellement aux objets beaux et séduisants ; cependant il est, à mes yeux, une matière dotée également d’un fort potentiel pour le travail expressif et à teneur contextuelle. Compte tenu de ses qualités, dont sont dépourvus les autres matériaux, il faut - selon moi - absolument pouvoir l’employer aussi de cette façon. Un des rôles de l’art est de défier et provoquer ; c’est dans cette optique que j´aime me situer, en compagnie de ces artistes qui cherchent ainsi à donner un « nouveau visage » au verre.

Le stimulant (idée, impulsion, désir ou autre) peut survenir sous différentes formes et avoir différentes origines pour susciter la création d’une nouvelle pièce ou d’une série. Un événement marquant ou une forte impression – positifs ou négatifs – peuvent déclencher un besoin d’explorer et de rechercher un sens, ou simplement de partager. Un poète écrirait et ferait de la magie avec des mots, tandis que moi, je prends mon carnet de croquis et esquisse ce qui deviendra peut-être une ébauche d’une expression finale en verre.

Il est très important pour moi qu´il y ait un élan constant dans mon travail. Ce qui a été achevé, exploré, tourné et retourné en tous sens – dans mon esprit comme dans mon atelier – doit finalement céder la place à l’inexploré ou, occasionnellement, à la revisite d’anciens sujets, vus sous un autre angle, avec de nouvelles idées. En fait, il y a trop peu de nouveauté dans l´art, à part de nouvelles approches de ce qui a intrigué et occupé l’esprit des artistes depuis le début des temps.

Il m’arrive de savoir exactement quel a été l’élément déclencheur de ma créativité et ce que, peut-être, je cherche à véhiculer. Souvent cependant, le travail lui-même prend ensuite le commandement, car – je ne sais comment – il peut se connecter à mon subconscient ; je deviens alors celui qui suit, intrigué, pour voir jusqu’où il me conduira. En l’occurrence, cela devient un tiraillement entre ma volonté et l´expression à laquelle l’œuvre, elle-même, semble vouloir s´adapter.
Lors du processus créatif, je constate le plus souvent un résultat final plus fort et plus pur si l´artiste peut travailler avec ses « tripes » et accorder un répit à son intellect (souvent assez pollué).

Cependant, l´inspiration apparaît sous de nombreuses formes et à partir de nombreuses sources. Un croquis, une ébauche ou un travail à moitié fini, effectués il y a des années et apparemment sans avenir, peuvent soudain trouver une contre-partie ou un partenaire dans un nouveau dessin : un événement, une fissure sur le trottoir ou une réparation de la chaussée d´une route. Ils acquièrent alors un sens et font jaillir un nouvel élan de créativité. Ainsi, la genèse d’une sculpture peut remonter à dix ans ou plus avant son achèvement.

En fin de compte, puisque les artistes sont tous différents – comme tout le monde – ce sont l’énergie, l´ambition et l´intention personnelles qui déterminent la nature de leur travail. Ma propre énergie semble, en grande partie, être définie par un mélange de curiosité et d´expérimentation, ainsi que par un sérieux intérêt pour la recherche des forces qui régissent notre existence et notre comportement.
En bref, c’est une quête d’une meilleure compréhension de la condition humaine.

Miroir

Le 22/06/2011
"Ermenonville. Partition pour un promeneur solitaire" (extrait)

Ilse Garnier
Poésie spatiale - Raumpoesie
Bamberger Editionen
Universitäts - Verlag Bamberg