Raymond Ariane et Dionysos

Le 22/06/2011
Présence obscure et nécessaire.

Je ne suis pas coloriste et j´entretiens un rapport difficile avec la couleur…

Ressouvenances de l´enfance ?
Dans mon village de pêcheurs au sud de Marseille, les couleurs semblaient bannies, broyées par la lumière…
Seuls, les bleus intenses du ciel et de la mer s´affrontaient, séparation irrémédiable sur la ligne d´horizon.
Promenades dans les rochers, de plus en plus fréquentes, de plus en plus lointaines. De collines en criques, je suis allé un jour jusqu´à une calanque qui s´appelle Sormiou. Sur la droite de la falaise, tout au bout, après avoir franchi un chaos de blocs j´ai pénétré dans un ailleurs...
Impossible d´oublier l´immense joie que j´ai ressentie dans la grotte marine… Le ciel et la mer fusionnés, réconciliés.
Lors de mes études d´art j´ai eu l´obligation fréquente d´explorer la polychromie… Invariablement et au dernier moment j´éprouvais le besoin impérieux de recouvrir mon travail d´un glacis coloré pour assourdir et unifier l´ensemble…

Plus tard, j´ai affirmé mon désir et ma soif de monochromie. Je n´ai toujours pas épuisé la célébration de la couleur bleue. Présence obscure et nécessaire, elle parcourt, sous tend et traverse mes recherches. J’ai besoin d´elle pour dire et redire les métaphores qui me hantent.

L´expérience du monochrome ne relève pas de la matière colorée ; jamais anecdotique, toujours profonde, presque tyrannique, elle ouvre à une métaphysique du regard.