Tryptique pour Massada

Le 29/06/2006

Le silence des nuits

 Maintenant que mes voyages réels s’éloignent de plus en plus, je commence à marcher à l’intérieur de moi-même. Je m’interroge sur la nature des images et des émotions qui me traversent…
Je demande régulièrement à Isabelle ce qu’elle en pense… Elle se plaint et pointe le fait que je n’écoute pas ses réponses…
 Ce n’est pas aussi simple ni aussi cruel ; je me sers de ses contributions pour mieux percevoir les mirages qui scintillent parfois à la surface des eaux noires de la mémoire.
 Nous sommes allés voici plusieurs années en Israël, nous avions des curiosités différentes et pratiquions une amicale autonomie mais nous sommes allés ensemble à Massada.
 Je lui ai dit lors de son dernier séjour : viens dans l’atelier, je veux te montrer un ensemble de trois pièces, j’ai besoin de ton regard.
 J’avais décidé de faire un travail sur l’oubli dans cette maison mais je maîtrise rarement mes désirs ou je me trompe souvent sur leurs couleurs véritables. Ils sont comme ces accessoires du théâtre baroque que tu retournes brusquement par un changement d’éclairage.
 Tout est revenu avec violence, précision. J’ai repris le sentier du serpent, je me suis avancé sur
l’immense esplanade, j’avais à l’esprit les phrases écrites par Flavius Josephe…
 Je n’ai pas retenu le soleil foudroyant, la splendeur des thermes, ni l’arachnéenne beauté du palais septentrional, j’ai suivi le récit qui conduit à la fin du siège.
 Doucement, avec précaution, avec respect, j’ai essayé de retrouver le silence des nuits la haut dans la citadelle.

Lurs, mai 2006
Raymond martinez