Janusz Meeting

Le 22/06/2011
Le verre se prête aisément et naturellement aux objets beaux et séduisants ; cependant il est, à mes yeux, une matière dotée également d’un fort potentiel pour le travail expressif et à teneur contextuelle. Compte tenu de ses qualités, dont sont dépourvus les autres matériaux, il faut - selon moi - absolument pouvoir l’employer aussi de cette façon. Un des rôles de l’art est de défier et provoquer ; c’est dans cette optique que j´aime me situer, en compagnie de ces artistes qui cherchent ainsi à donner un « nouveau visage » au verre.

Le stimulant (idée, impulsion, désir ou autre) peut survenir sous différentes formes et avoir différentes origines pour susciter la création d’une nouvelle pièce ou d’une série. Un événement marquant ou une forte impression – positifs ou négatifs – peuvent déclencher un besoin d’explorer et de rechercher un sens, ou simplement de partager. Un poète écrirait et ferait de la magie avec des mots, tandis que moi, je prends mon carnet de croquis et esquisse ce qui deviendra peut-être une ébauche d’une expression finale en verre.

Il est très important pour moi qu´il y ait un élan constant dans mon travail. Ce qui a été achevé, exploré, tourné et retourné en tous sens – dans mon esprit comme dans mon atelier – doit finalement céder la place à l’inexploré ou, occasionnellement, à la revisite d’anciens sujets, vus sous un autre angle, avec de nouvelles idées. En fait, il y a trop peu de nouveauté dans l´art, à part de nouvelles approches de ce qui a intrigué et occupé l’esprit des artistes depuis le début des temps.

Il m’arrive de savoir exactement quel a été l’élément déclencheur de ma créativité et ce que, peut-être, je cherche à véhiculer. Souvent cependant, le travail lui-même prend ensuite le commandement, car – je ne sais comment – il peut se connecter à mon subconscient ; je deviens alors celui qui suit, intrigué, pour voir jusqu’où il me conduira. En l’occurrence, cela devient un tiraillement entre ma volonté et l´expression à laquelle l’œuvre, elle-même, semble vouloir s´adapter.
Lors du processus créatif, je constate le plus souvent un résultat final plus fort et plus pur si l´artiste peut travailler avec ses « tripes » et accorder un répit à son intellect (souvent assez pollué).

Cependant, l´inspiration apparaît sous de nombreuses formes et à partir de nombreuses sources. Un croquis, une ébauche ou un travail à moitié fini, effectués il y a des années et apparemment sans avenir, peuvent soudain trouver une contre-partie ou un partenaire dans un nouveau dessin : un événement, une fissure sur le trottoir ou une réparation de la chaussée d´une route. Ils acquièrent alors un sens et font jaillir un nouvel élan de créativité. Ainsi, la genèse d’une sculpture peut remonter à dix ans ou plus avant son achèvement.

En fin de compte, puisque les artistes sont tous différents – comme tout le monde – ce sont l’énergie, l´ambition et l´intention personnelles qui déterminent la nature de leur travail. Ma propre énergie semble, en grande partie, être définie par un mélange de curiosité et d´expérimentation, ainsi que par un sérieux intérêt pour la recherche des forces qui régissent notre existence et notre comportement.
En bref, c’est une quête d’une meilleure compréhension de la condition humaine.