James Tower with Leaves

Le 02/06/2009
J´ai relevé, un jour, une interview de Giacometti au cours de laquelle on lui avait demandé s’il fallait faire une interprétation existentielle de son œuvre. Il répondit que non, qu’en réalité il essayait de rendre ses figures aussi réalistes que possible. Quoi ? Pour moi, ces figures ressemblaient à des survivants de Dresde ou d’Hiroshima.

Il avait poursuivi en expliquant que quand il vous regardait, il ne pouvait pas tout voir de vous. Il vous scannait de haut en bas, regardant votre nez, vos lèvres, par-dessus votre épaule, puis votre poitrine, votre ventre, vos genoux, le long de votre jambe, vos pieds jusqu’au bout de vos orteils.

Si je me souviens bien, il dit à peu près ceci :
"Nous voyons des fragments de l’autre et nous les assemblons. Mais si je veux vous voir en entier, il faut que vous vous éloigniez : nous avons besoin d´espace entre nous. De l’autre côté de la rue, je peux aussitôt vous voir en intégralité, mais je vois aussi cette immense espace-atmosphère qui vous entoure, vous pénètre et vous comprime."

Cette pensée ne m´a jamais quitté. Avec elle, j´ai commencé à réaliser que, plutôt que de penser à la sculpture, on pourrait espérer apprendre à penser sculpturalement.

Extrait d’un article de Charles Ray
(New York Times, 7 Octobre 2001)