Le jardin de la jeunesse

Le 29/06/2006

Memoire

 Comme s’il existait déjà dans ce mot la notion  de fugace, d’incertain, de fuyant depuis
longtemps, mais toujours aussi fort, capable de saisir votre cœur même des années après. Souvant, ce n’est qu’une écorchure, souvent c’est une incision profonde, souvent c’est une alarme de détresse, une prise de conscience que nous sommes encore vivants, capables de sentiments.
     
 Les œuvres de Jirina Zertová sont impreignées de sentiments semblables, comme des souvenirs de rencontres. C’est l‘illusion – une occasion illusoire de toucher quelque chose qui se presente
clairement devant nous. Les objets se construisent à partir de lignes emmêlées, imprégnant le verre pour être multipliées par les reflets d‘un miroir. Ils ont des formes variées – avenues d’arbres, viaduc dans un paysage, abîmes vers des profondeurs infinies, figures humaines floues, aperçu de sphères fragmentées –, images symboliques de la pomme du pêché originel d‘Eve. Il suffit d’approcher de quelques pas,
modifier son point de vue, et tout ce qui apparaissait clair se modifie – fuyant dans un brouillard avant de disparaître quelque part dans un lointain. Il ne reste qu’une vue à travers les plaques de verre... et le sentiment, qui est également goût, odorat, bruit, toucher, un aperçu de la peinture.

 Du lointain arrivent des accents du Jardin suspendu de Jehan Alain et les souvenirs sortants des ombres dans les rayons d‘un soleil de printemps si longtemps attendu.


Ivo Kren, Conservateur de la collection Studio Glass, Musée Est-Bohème, Pardubice
Avril 2006